2R4, 8-11.14-16a.
Ps 88(89)
Rm6, 3-4.8-11.
Mt10, 37 – 42.
« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… »
Comme moi, vous avez dû être surpris par ces paroles fortes de Jésus, qui remettent en question une chose que nous croyions pourtant avoir bien comprise : que l’amour de Dieu et du prochain forment, tous les deux, un seul et unique commandement. Comment alors comprendre que Jésus donne l’impression d’une rivalité et même d’une opposition entre l’amour de Dieu et du prochain ?
En effet, des spécialistes des Saintes Ecritures nous font remarquer que chaque fois que saint Mathieu utilise le verbe « aimer », c’est généralement pour évoquer un attachement négatif, égoïste, qui est en réalité le contraire de l’amour vrai.
Il parle des hypocrites qui aiment prier debout dans les synagogues. (Mt 6,5) Il parle aussi des scribes et des pharisiens qui aiment avoir la première place dans les dîners et les premiers sièges dans les synagogues (Mt 23, 6).
Jésus attire notre attention sur un amour qui enferme, qui est égoïste, qui paralyse, qui isole, qui est d’abord tourné vers soi, ses intérêts, son image, ses gens… Nous remarquons l’usage des adjectifs possessifs, son père, sa mère, son fils ou sa fille.
Ainsi, derrière ce qu’on appelle généralement amour, il peut se cacher un égoïsme, la recherche de l’intérêt personnel, un calcul mesquin, une volonté de paraître, de dominer, de contrôler, exactement comme le faisaient les hypocrites, les scribes et les pharisiens de son temps. Il y a des attachements qui, dès lors qu’ils passent en premier dans notre vie, peuvent être de véritables freins à un amour plus grand, à une liberté plus grande, à une ouverture vers les autres.
En réalité, Jésus n’oppose pas l’amour de Dieu et du prochain. Il nous demande simplement, si nous voulons aimer vraiment, de faire passer d’abord l’amour de Dieu.
Ainsi, si vous rencontrez une personne qui aime d’abord le Seigneur, qui aime vraiment le Seigneur, vous êtes sûrs qu’elle vous aimera nécessairement. Mais si vous rencontrez une personne qui aime d’abord les siens, vous êtes certains qu’il ne vous aimera pas vraiment, il est même probable qu’il vous repousse. « Je dois aimer le Christ non pour aimer moins les miens, mais pour les aimer mieux. »
C’est parce que j’aime Dieu que je peux aimer les autres jusqu’au sacrifice, jusqu’à accepter de porter leurs croix. Mais si mon amour n’est pas fondé sur Jésus, mais sur ses intérêts personnels, je disparaîtrai dès que viendra l’éventualité de la croix.
Au cœur de notre monde où même les gestes dit d’amour sont intéressés, souillés par l’hypocrisie et l’égoïsme, puisse le Seigneur nous donner la grâce de rencontrer des hommes et des femmes enracinés profondément en Jésus. Qu’il nous donne aussi la grâce d’être nous-mêmes bâtis sur lui pour que nos gestes soient des vrais gestes d’amour et non pas d’égoïsme ou d’’hypocrisie.
Un peu comme l’histoire de cette vieille et méchante femme qui, une fois dans sa vie, a donné un oignon à un mendiant. Quand la femme meurt et va en enfer, un ange descend et s’approche d’elle, un petit oignon à la main. La femme s’y agrippe. Et c’est ainsi qu’elle échappe à l’enfer…
Y aura-t-il, dans ma vie, au milieu de mes amours intéressés et égoïstes, un petit oignon, un geste d’amour vrai, sur lequel je pourrai m’agripper plus tard ?
P. Etienne Nemi, Cssp