Solennité de l’Assomption ( 15 août 2026) 

Solennité de l’Assomption ( 15 août 2026) 

Nous célébrons aujourd’hui la solennité de l’Assomption, la montée de la Vierge Marie au ciel corps et âme. 

Elisabeth ne s’était donc pas trompée, lorsque dans la joie d’accueillir chez elle sa cousine Marie, elle s’écria, nous dit l’évangéliste Luc, d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes. »

Mais qui aurait cru à ces paroles lorsque cette pauvre femme, la vierge Marie, cette nuit-là, cherchait désespérément, accompagnée de son époux Joseph, un endroit pour mettre au monde son fils, et que toutes les portes leur sont restées fermées?

Qui aurait cru à ces paroles lorsque cette femme, la Vierge Marie, dût s’enfuir en Egypte, pour soustraire son fils de la furie meurtrière d’Hérode ?

Qui aurait cru à ces paroles, lorsque cette femme, inquiète de la disparition de son fils au temple, le chercha, pleine d’angoisse, pendant trois jours ?

Qui aurait cru à ces paroles lorsque cette femme, la même, décida d’aller chercher ce fils qu’elle ne comprenait plus et qu’elle prenait désormais pour quelqu’un qui avait perdu la tête ?

Qui aurait cru à ces paroles, lorsque cette femme, Marie, assista, impuissante, à l’arrestation de son fils, à ses tortures, à toutes les trahisons et les abandons dont il fut victime, à la pire des humiliations qu’une personne puisse connaître, à savoir d’être trahi par les siens ?

Qui aurait cru à ces paroles, lorsque cette femme vit, de ses yeux de mère, cette lance transpercer le corps de son fils, et ce sang, fruit de ses entrailles, du lait dont elle nourrit naguère celui qui n’était alors qu’un bébé, fruit de son travail de mère, se répandre à même le sol ?

Qui aurait cru à ces paroles lorsque cette femme entendit son fils gémir, râler et rendre l’âme au milieu d’une foule indifférente et hostile ?

Qui aurait cru à ces paroles lorsque cette femme reçut, dans ses bras endoloris et fatigués, le corps inerte de cet homme, comme le fruit de toute sa vie, la récompense ultime de tous ses efforts, de son engagement, de sa foi et de son espérance ?

Qui alors, comme Elisabeth, aurait cru que Marie était bénie entre toutes les femmes ? Marie ne ressemblait-elle pas alors, aux yeux des hommes, plus à une femme maudite qu’à une femme bénie ? En effet, il est difficile de croire qu’est béni celui ou celle dont la vie est ainsi jonchée d’obstacles, de déceptions, de trahisons, de larmes et de sang. Il est difficile de croire que le Seigneur, après  vous avoir béni, est celui qui va se donner le malin plaisir de faire de votre vie une suite de déceptions, d’humiliations et de souffrances.

L’expérience de la Vierge Marie nous montre qu’être béni ne signifie pas être épargné des difficultés de cette vie, être arbitrairement soustrait du dur combat quotidien. Etre béni, c’est répondre à l’amour de Dieu par une fidélité sans faille, répondre présent à l’invitation à cette noce qu’est la vie en restant éveillé même si l’époux parfois tarde à venir.

A celui qui est béni, Dieu donne la force de tenir dans les épreuves. Marie nous dit que la fidélité est la chose qui reçoit la plus haute récompense de la part de Dieu. Demander à Dieu de nous bénir, ce n’est donc pas forcément lui demander de nous rendre la vie facile et agréable, mais de lui demander de nous donner la force et le courage de tenir devant les épreuves et d’en sortir plus forts, plus grands, meilleurs. C’est la bénédiction qu’a eue la Vierge Marie.

Avec Marie, nous rendons grâce au Seigneur chaque fois qu’il nous a donné la grâce de tenir debout au milieu des épreuves, chaque fois que nous avons appris et grandi de nos échecs. 

Nous confions aussi au Seigneur tous ceux et toutes celles qui n’ont pas la force de tenir, de rester fidèles, ceux et celles que les difficultés ont détruits au lieu de les construire, ont affaiblis au lieu de les rendre plus forts.

Cette solennité est aussi un hommage à Jésus qui, une fois au ciel, n’a pas oublié sa mère. Comme Jésus, nous avons tous une Marie dans notre vie, une personne qui nous a portés, langés, nourris de son lait, portés dans son cœur, supporté nos caprices et nos sorties de routes, une personne qui pour nous s’est inquiétée, une personne qui pour nous a versé des larmes. Qu’en avons-nous fait ? Qu’en faisons-nous ?

Cette solennité est donc aussi un hommage à tous ceux et à toutes celles qui, comme Jésus, savent se souvenir, qui ont encore la mémoire cœur qu’on appelle la reconnaissance, et qui portent aujourd’hui avec joie celui ou celle qui les a portés hier.

Père Etienne Nemi, Cssp