Homélie du 25 ème dimanche ordinaire A
IS 55, 6-9
Ps 144(145)
Ph 1, 20c-24.27a.
Mt 20, 1-16.
« C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Ils avaient pourtant été embauchés en plusieurs vagues : dès le matin, vers 09 heures, vers midi, vers 03 heures, vers 05 heures. Mais comme la conclusion de l’évangile, nous ne mettrons en exergue que les premiers et les derniers.
Ces premiers qui sont finalement derniers, et ces derniers qui sont premiers…
« Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. » Ce qui est frappant, c’est le fait que, de tous les ouvriers embauchés, les premiers sont les seuls pour qui la négociation d’un salaire est clairement évoquée. Pour travailler, il leur fallait une garantie en termes de récompense, faute de quoi, ils n’auraient certainement pas accepté d’aller à la vigne. Dans le monde des « premiers », on ne fait pas de cadeau, rien n’est gratuit, tout se paie. La négociation est serrée : un denier.
Le monde des « premiers » n’est-il pas notre monde, à nous aussi ? En effet, qui peut prendre le risque d’être embauché sans la moindre garantie, sans contrat, qu’il soit oral ou écrit ? Oui, nous avons tous le réflexe des « premiers. »
Peut-être sont-ils d’ailleurs de bons ouvriers, irréprochables… Il est évident qu’ils avaient travaillé beaucoup plus que tous les autres, endurant plus que les autres, mais tout cela était évidemment conditionné par un revenu satisfaisant.
C’est vraisemblablement dans cette logique que vont s’inscrire les ouvriers des vagues suivantes, puisqu’ils iront, eux aussi dans la vigne après la ferme promesse de recevoir « ce qui est juste. »
Tous les ouvriers sont allés travailler avec la garantie ou d’un denier, ou de ce qui est juste. Tous, sauf les « derniers » Ce sont les seuls qu’on nous montre acceptant d’aller travailler, alors que le maître ne leur a rien promis, sans aucune garantie. Il leur dit simplement : « Allez à ma vigne, vous aussi. » Et ils s’en vont travailler, sans rien dire, sans rien négocier…
Même s’ils espéraient quelque chose, le plus urgent, le plus important pour eux était d’abord d’aller travailler. Même s’ils attendaient du maître, le plus important pour eux était d’abord ce que le maître attendait d’eux.
La plus grande différence entre les premiers et les derniers ne tient donc pas au temps passé à la vigne, mais à leur état d’esprit. Les premiers conçoivent la vie comme une compétition au terme de laquelle il faut gagner, il faut pouvoir trouver son compte, alors que les derniers conçoivent la vie comme un don permanent de ce qu’on a et de ce qu’on est, sans compter.
Pour le Seigneur, ce n’est pas la quantité de travail qui compte, mais l’esprit avec lequel ce travail est fait. Un petit travail par amour, par charité, gratuitement, dépasse infiniment un immense travail fait avec intérêt.
P. Etienne NEMI, Cssp