Homélie du 23ème dimanche ordi. Année A 2026
EZ 33, 7-9
Psaume 94 (95)
Rm 13, 8-10
Mt 18, 15-20
De tous les conseils que donne Jésus dans l’évangile, il y en a un qui retient particulièrement notre attention, tout simplement parce qu’il est celui qui correspond le moins à ce que l’on se serait attendu venant de Jésus. « S’il refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain… »
En d’autres termes, « ne le considère plus comme un frère, ne la considère plus comme une sœur, ne le considère plus comme un père, un fils… » Ce conseil est d’autant plus étonnant que Jésus s’est toujours montré très accueillant envers les pécheurs et les publicains.
Mais est-ce vraiment ce que nous demande Jésus ? Jésus nous demanderait-il d’avoir à l’égard d’un frère ou d’une sœur qui nous a fait du mal, une attitude que lui-même n’a jamais eue ? Je ne le pense pas.
En effet, avant d’arriver à ce conseil qui retient notre attention, Jésus nous recommande d’abord un certain nombre d’attitudes lorsqu’on a été offensé par un frère : « Va lui faire des reproches seul à seul. » Puis « Prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. » Puis « Dis-le à l’assemblée. »
En réalité, Jésus nous demande de ne jamais laisser le conflit avec un frère s’empirer au point qu’on en arrive à une situation de non-retour. Il nous invite à toujours préférer la réconciliation, l’apaisement à l’escalade. L’objectif n’étant pas de gagner contre mon frère, mais bien de gagner mon frère.
Un proverbe dit fort à propos : « « Après une grande haine, il reste toujours une petite haine. »
Il s’agit donc pour nous d’éviter que le conflit ne laisse s’installer une grande haine qui pourrait rendre la réconciliation impossible.
Une grande haine peut s’installer si, au lieu d’aller parler à mon frère qui m’a offensé, je préfère ne plus lui adresser la parole, ne plus rien à voir avec lui.
Une grande haine s’installe lorsqu’au lieu de parler à celui qui m’a fait du mal, seul à seul, je choisis de le faire publiquement, lui faisant ainsi subir une humiliation.
« La plupart du temps, lorsque quelqu’un fait du tort à un frère, la personne blessée va le raconter à une autre personne qui elle-même va le raconter… Ce qui fait que parfois toute la communauté est informée de l’offense avant même que le fautif en ait pris conscience. » Ou encore cet autre témoignage : « Je fais tout à l’envers. Je commence par dire du mal de mon frère à tout le monde. Une fois que tout le monde sait ce que j’ai à lui reprocher, je le laisse affronter la rumeur qui le condamne. »
Le fait que Jésus, parlant de celui qui a péché contre nous, utilise toujours le mot « frère », nous fait comprendre que malgré le mal qu’il nous a fait, il ne doit jamais cesser d’être notre frère. Et de ce fait, nous nous devons toujours de le traiter comme un frère, c’est-à-dire dans la vérité, mais aussi dans la charité.
Jésus nous donne deux clés pour une bonne réconciliation avec celui qui nous a fait du tort. D’abord avoir le courage de lui dire le mal qu’il nous a fait ; ensuite avoir l’amour pour le faire de manière fraternelle, parce qu’après tout, il reste d’abord pour moi un frère. Parce que le plus important n’est pas le fait qu’il m’ait offensé, mais le fait qu’il est d’abord pour moi un frère…
Souvent, nous manquons, et du courage pour dire la vérité à celui qui nous a fait du tort, et de l’amour pour le faire de manière fraternelle.
Demandons au Seigneur de nous accorder la grâce du courage pour la vérité, et de l’amour pour traiter fraternellement celui qui nous a offensés.
P. Etienne Nemi, Cssp