Homélie du 20 ème dimanche ordinaire A
« Femme, grande est ta foi ! »
En louant la grande foi de la cananéenne, Jésus nous la présente comme un modèle de foi. Nous allons donc essayer de voir en quoi consiste la grande foi de cette femme.
La première chose que l’on peut souligner, c’est que le chemin de foi de cette femme ressemble à un chemin de croix, chemin parsemé d’obstacles, et même de gros obstacles.
En effet, alors qu’elle supplie Jésus de délivrer sa fille possédée par un démon, il ne va lui servir que le silence…
Qui de nous n’a pas encore connu l’amère et douloureuse expérience du silence de Dieu, de son indifférence ? On ne les compte plus, le nombre de ces personnes que le silence de Dieu a découragées. En effet, le silence de Dieu est souvent l’une des épreuves les plus difficiles pour notre foi.
Et comme si le silence de Jésus ne suffisait pas, voilà que s’ajoutent, pour cette femme, le rejet et l’exclusion des disciples de Jésus : « Renvoie-là, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Comme elle, combien de personne n’essuient-elles pas, chaque jour, le rejet et l’exclusion des disciples de Jésus aujourd’hui ? Elles sont nombreuses à se sentir rejetées par l’Eglise, dans leurs paroisses, par leurs curés… Et il est arrivé que ce rejet ait eu raison de la foi déjà fragile de ceux qui avaient pourtant frappé à nos portes.
Mais cette femme n’était pas encore au bout de ses peines. En effet, lorsque Jésus décide enfin de lui parler, c’est pour l’assommer par des paroles humiliantes : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ».
Il est important de rappeler qu’à cette époque, le terme « chien » était utilisé par les juifs pour désigner les étrangers, les païens.
Mais le chien n’est pas seulement le symbole du mépris et du rejet, il est surtout aussi l’expression de la fidélité. Docile et attachant, il est considéré aujourd’hui comme le meilleur ami de l’homme. Le chien sera toujours fidèle à son maître, même si celui-ci n’a rien, même s’il ne répond pas. Le chien ne trahira jamais son maître pour un autre maître.
C’est sans doute cette fidélité qu’on retrouve chez cette femme, qui n’abandonne pas celui qu’elle considère comme son maître malgré son silence, son indifférence. C’est cette fidélité à toute épreuve que Jésus loue et que nous sommes invités à avoir envers le Seigneur. La foi, c’est une belle école de la fidélité à toute épreuve.
Et puis, quel maître pourrait rester insensible aux gémissements de douleur et au regard de détresse de son chien ? En effet, le regard du petit chien blessé, malade, gémissant de douleur, fera toujours craquer son maître. Devant cette femme, Jésus ne s’est pas comporté comme celui qui méprise son prochain, mais comme le maître qui craque devant la douleur et le regard de son petit chien fidèle.
De même que le regard touchant du petit chien fait craquer son maître, de même notre regard, insistant, fidèle, fera toujours craquer le Seigneur qui nous donnera alors beaucoup plus que des miettes…
Père Etienne Nemi, Cssp