Homélie du 15ème dimanche ord « A »

Is 55, 10-11

ps 64(65)

Rm8, 18-23

Mt 13, 1-23

L’évangile de ce dimanche apporte une bouffée d’optimisme au cœur de nos vies et de notre monde très souvent gagnés par le pessimisme et le  découragement. Il nous invite à plus d’optimisme, quels que soient les échecs, l’animosité, les blocages, les désillusions auxquels nous faisons face. 

Tout commence pourtant mal pour le semeur de l’évangile. Sur les quatre expériences qu’il fait, il va connaître trois échecs. Il y a les oiseaux qui n’attendent qu’une chose : que les grains soient jetés pour venir tout picorer. Il y a  des pierres qui bloquent l’enracinement de ce qui a été semé, le rendant fragile et donc stérile. Et puis, il y a ces ronces qui, à force de piquer et de blesser, finissent par décourager et par faire périr. 

L’expérience de ce semeur nous rappelle notre propre expérience, lorsque nous avons l’impression que tout ce que nous prenons la peine de faire ou d’engager est systématiquement détruit, discrédité par ceux qui nous entourent. Que toute initiative de notre part se trouve comme bloquée par des pierres. Qu’on est sans cesse blessé dans notre enthousiasme par des remarques désobligeantes.  Souvent, nous avons le fort sentiment d’évoluer, comme notre semeur de l’évangile, dans un milieu hostile.

La bonne nouvelle, c’est que tout autour de nous n’est pas  qu’oiseau de mauvais augure, n’est pas que pierres, n’est pas que ronces. Il y aura toujours aussi, heureusement, à côté de nous, une bonne terre, une bonne personne sur qui on pourra s’appuyer et qui pourra nous valoriser et nous permettre de donner la pleine mesure de ce dont nous sommes capables de faire de bien, de beau, d’utile… Elles ne sont certainement pas les plus nombreuses encore moins les plus bruyantes, mais elles sont là, dans le silence parfois de celui qui sait reconnaître, apprécier et valoriser ce qui est beau et bien fait. Rendons grâce au Seigneur pour ces bonnes personnes, cette bonne terre qui permet à nos projets de prospérer et de porter du fruit.

La semence, ce n’est pas seulement moi, ce n’est pas seulement ce que je fais. C’est souvent aussi mon prochain, ce qu’il fait. Et la terre, l’environnement dans lequel il est jeté, c’est moi. Et dans ce cas, ne m’arrive-t-il pas d’être cet oiseau de mauvais augure, celui qui détruit et efface systématiquement ce qu’il s’efforce de faire? Ne m’arrive-t-il pas d’être cette pierre qui bloque tout ce qu’il propose ? Ne m’arrive-t-il pas d’être ces ronces qui le jugent, le blessent par des mots, des actes ? Que le Seigneur convertisse cet oiseau de mauvais augure qu’il peut m’arriver d’être. Qu’il transforme cette terre pierreuse ou pleine d’épines que je suis parfois en une terre fertile où mon prochain pourra vivre et s’épanouir comme le veut celui qui l’a planté tout à côté de moi.

Mais cette semence jetée par le semeur, elle peut aussi être la Parole de Dieu. Et parmi les obstacles à l’épanouissement de la parole de Dieu dans ma vie, il y a mon cœur endurci comme une pierre, imperméable à cette semence d’amour, de fraternité… ; il y mon cœur blessé et meurtri par les différentes situations difficiles qu’il m’arrive de traverser… ; il y a mon cœur dispersé, de gauche à droite, allant sur d’autres chemins, attiré par d’autres sirènes, et tournant résolument le dos à Dieu. 

Pour en parler, je partirai de l’histoire de ce moine qui priait pour un homme pauvre, hospitalier et généreux, qui avait toujours le cœur sur la main. Il priait pour que le Seigneur lui envoie la richesse. Dieu a exaucé sa prière et l’homme est devenu riche ; mais il a cessé d’aider les autres et il est devenu renfermé, orgueilleux et avare… Son cœur avait pris d’autres chemins, picoré par des oiseaux qui se présentent comme des amis, alors qu’au fond, ce sont des ennemis redoutables. Ils sont d’autant plus dangereux qu’on ne s’en méfie pas, au contraire, on les recherche. 

Que le Seigneur libère nos cœurs de leurs griffes mortelles pour en faire un cœur fertile, qui accueille la parole de Dieu et lui fait porter du fruit.

P. Etienne Nemi, Cssp