Homélie du 28 ème dimanche ordinaire année A 2026
Is 25, 6-10a
Ps 22(23)
Ph4,12-14.19-20
Mt22, 1-14
Quel gâchis ! Telle pourrait être notre première réaction à la lecture de l’évangile de ce dimanche.
« Tout est prêt, venez à la noce. »
Tout est prêt pour que notre vie soit une fête, pour que nous fassions de notre vie une fête. Malheureusement, comme ce convive jeté dehors, dans les ténèbres, pieds et poings liés, il se trouve que notre vie n’est pas toujours une fête. C’est comme si la fête de la vie se déroulait finalement sans nous.
Pourtant, rien ne laissait présager une fin aussi triste pour cet homme. Comment ce roi, qui l’avait invité et qui l’appelle bien « Mon ami », peut-il ensuite demander qu’il soit expulsé de la sorte ? Comment ce roi passe-t-il aussi rapidement de l’affection au châtiment ?
Ceci nous pousse à nous poser la question : cet homme était-il vraiment l’ami du roi ? Était-il son ami ou alors, se faisait-il passer pour son ami ?
Des exemples de personnes qu’on appelle et qu’on traite comme des amis, mais qui en réalité se trouvent parfois être des traitres, on en trouve dans l’évangile de Matthieu.
Ainsi, dans la parabole des ouvriers de la dernière heure, celui qui se plaint de voir les derniers venus recevoir exactement la même chose que lui, était pourtant, lui aussi, appelé « mon ami » par le maître de la vigne (Mt 20, 13). Mais l’on se rappelle comment il a été rabroué par la suite : « Prends ce qui te revient, et va-t’en… » Voilà un ami qui n’en était vraiment pas un…
Jésus lui-même utilisera le même mot en s’adressant à Judas au moment où il le trahissait : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » (Mt 26, 50) Voilà un autre ami qui n’en était vraiment pas un.
« Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? »
Ce convive a été trahi par son habit, par sa tenue… Dans la bible, l’habit est lié à l’identité, à la fonction de la personne. Ainsi, ne pas porter l’habit des noces, signifie pour nous le fait de ne pas assumer notre identité et notre mission de chrétien dans le monde.
Pour saint Irénée, un saint du IIème siècle, porter le vêtement de noce signifie le repentir et la conversion du cœur et de l’esprit ; cela signifie aussi pratiquer la justice. Pour saint Augustin, seuls ceux qui font preuve de bonté et de charité dans la vie portent réellement le vêtement de noce.
Jésus nous appelle tous ses amis. Il nous traite comme ses amis. Il nous invite comme ses amis. Mais dans notre vie, avons-nous la tenue, le comportement d’amis de Jésus ? Pratiquons-nous la justice et la charité ? Faisons-nous preuve de bonté envers nos frères et sœurs ? Osons-nous encore assumer notre identité, notre mission de chrétiens dans notre monde ? Si le roi revenait dans la salle de noce qu’est notre monde, ne nous poserait-il pas la même question ? « Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? »
Souvent, on se fait passer pour des amis de Dieu, alors qu’en réalité, quand on voit notre tenue, c’est-à-dire comment on se tient, comment on se présente, comment on se comporte, on découvre qu’en réalité, nous sommes loin d’être ses amis. Cet homme avait pourtant été chanceux de se retrouver là, bénéficiant du désistement des premiers invités. Mais ce n’est pas parce qu’on a la chance dans la vie qu’on ne doit plus faire aucun effort.
Cet homme garda le silence quand le roi lui demanda pourquoi il ne portait pas le vêtement de noce. Le silence, c’est notre refus de conversion, notre traitrise, nos reniements… Le monde aimerait tellement voir et entendre de nous quelque chose qui montre et qui dise que nous sommes les amis de Jésus. Mais souvent, on ne fait rien, et le monde ne voit rien, n’entend rien, c’est le silence…
Que notre réponse à l’amour de Dieu ne soit pas le silence, mais notre tenue marquée par la charité, la justice, la bonté. Ainsi, nous ne serons plus les grands absents à la fête du Seigneur…
P. Etienne NEMI, Cssp