Homélie du 27ème dimanche ordinaire année A
Is 5, 1-7
Ps79 80
Ph4, 6-9
Mt 21, 33-43
La déception est au cœur des lectures de ce dimanche. La déception de notre ami de la première lecture qui a tout fait, tout donné pour sa vigne, qui en attend de bons fruits, mais qui finit par être déçu parce qu’il n’en récolte que de mauvais. La déception du propriétaire de la vigne dont nous parle l’évangile qui fait confiance à des vignerons, mais qui finit par être trahi et déçu par ceux à qui il avait fait une énorme confiance et qui n’ont trouvé rien de mieux que de comploter contre lui.
Ces lectures viennent ainsi nous plonger au cœur de nos propres déceptions, de ces déceptions, petites ou grandes, qui tâchent l’histoire de notre vie. En effet, nous connaissons, tous, l’amère expérience de la déception. Chacun pourrait se mettre à égrainer le chapelet de ses déceptions : sentimentales, familiales, professionnelles…
La déception est d’autant plus grande, plus douloureuse, plus amère qu’on aura tout donné : son cœur, son amour, sa confiance, son argent, son temps…
Elle est d’autant plus douloureuse quand, comme le propriétaire de cette vigne dont nous parle l’évangile, on a pardonné, on a donné une deuxième chance, puis une troisième, puis une quatrième, qu’on s’est dit comme lui : « Ils respecteront mon fils », et qu’on se retrouve à la case de départ, ou pire qu’avant.
Décevoir une personne qui s’est investie sans compter pour nous, c’est quelque part la tuer. Et les conséquences de ces multiples déceptions dans notre vie sont énormes et parfois catastrophiques : découragements, dépressions, vengeance, paranoïa, divorces, meurtres…
C’est l’occasion de confier au Seigneur toutes les déceptions de notre vie, mais aussi les personnes qui nous ont déçus, trahis, fait pleurer, fait souffrir… Confions aussi au Seigneur toutes ces personnes que nous avons déçues, dont nous avons trahi la confiance, et qui portent encore dans leur cœur les séquelles de cette trahison.
S’il nous arrive d’être déçus, nous pouvons, en ce qui nous concerne, faire de notre vie un combat permanent pour ne pas décevoir. Nous sommes invités à nous inspirer de l’expérience du Christ qui, au cœur de la déception, n’a jamais déçu.
« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » C’est la plus belle réponse que peut donner une personne déçue, trahie, abandonnée. L’amour le plus grand c’est l’amour qui survit, qui grandit et qui mûrit après une déception.
C’est parce que nous sommes convaincus cela que nous osons encore nous approcher de celui que nous ne cessons de décevoir., de celui qui attend de nous de bons fruits, mais à qui nous ne cessons de servir de mauvais.
Ainsi, prier, c’est oser encore nous adresser à celui que nous ne cessons de décevoir, c’est espérer toujours en celui dont nous avons déçu les espoirs. Et nous savons nous-mêmes combien nous espérons encore que celui que nous avons déçus nous sauve, qu’il soit toujours à nos côtés, qu’il ne nous déçoive pas par son silence ou son indifférence.
C’est le sens de cette prière qui s’intitule : SOUVIENS-TOI DES HOMMES DE MAUVAISE VOLONTE. « Seigneur, quand tu viendras dans ta gloire, ne te souviens pas seulement des hommes de bonne volonté, mais souviens-toi aussi des hommes de mauvaise volonté. Ne te souviens pas alors de leurs cruautés, de leurs sévices, de leurs violences. Souviens-toi des fruits que nous avons portés, à cause de ce qu’ils ont fait. Souviens-toi de la patience des uns, du courage des autres, de la camaraderie, de l’humilité, de la grandeur d’âme, de la fidélité qu’ils ont éveillés en nous. Et fais, Seigneur, que les fruits que nous avons portés soient un jour leur rédemption. » (Alfred DUCHARME s.j.)
Qu’au cœur de nos déceptions, le Seigneur nous donne la force de relever la tête, de continuer à vivre, de continuer à aimer, de continuer à produire de bons fruits.
P. Etienne NEMI, Cssp