24 ème dimanche ordinaire A
Si 27, 30-28, 7
Ps 102(103)
Rm 14, 7-9
Mat 18, 21-35
L’évangile de ce dimanche nous décrit les trois marches, les trois pas vers l’enfer d’un homme qui avait pourtant tout pour aller au paradis. Son seul véritable ennemi, ce n’étaient pas les autres, c’était finalement lui-même.
Le roi « commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents. »
Dix mille talents ! A l’époque, c’était l’équivalent du salaire de soixante millions de journées de travail. Comment avait-il pu accumuler une telle dette ??? Pour atteindre une telle somme, il fallait non seulement l’immense indulgence du roi, mais aussi et le manque de volonté de cet homme de rembourser.
Dès le départ, nous voyons donc un homme déjà sans pitié, qui n’hésite pas à abuser de la générosité de celui qui lui faisait pourtant une grande confiance. Et il ne va pas s’arrêter là.
« Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. »
Par quel miracle allait-il rembourser « tout ? » Même si on lui avait donné 100 000 vies, il n’y serait jamais parvenu. Il le sait lui-même, et le roi aussi. Sa supplication s’appuie sur donc un mensonge, une fausse promesse, elle manque de sincérité. C’est comme une mise en scène pour abuser, une fois de plus, de l’indulgence du roi. C’est sa deuxième marche de sa descente aux enfers.
Malgré tout cela, le roi lui pardonnera en lui remettant la totalité de sa dette ! Et s’il lui pardonne, ce n’est pas parce qu’il le mérite, ce n’est pas parce qu’il est sincère, mais tout simplement parce que le roi est bon.
Cette attitude du roi nous donne un enseignement capital : on pardonne d’abord parce qu’on est bon, et pas forcément parce que l’autre est vrai, sincère. Et notre difficulté à pardonner vient du fait qu’on attend toujours que l’autre nous donne des gages de bonne foi, de vérité, de sincérité, de prise de conscience, de conversion…
Toujours est-il qu’une nouvelle vie s’ouvrait désormais à notre homme. Le pardon du roi lui a redonné une nouvelle chance. Mais quand, comme lui, on n’est pas vrai, quand on n’a pas pris conscience en laissant les événements et les expériences de la vie nous parler, même les plus belles choses qui nous arrivent n’apporteront rien de plus ou de meilleur dans notre vie.
Effectivement, il restera mauvais, malgré le pardon reçu. Il a été sans pitié pour le roi à qui il devait tout, il le sera tout autant envers son compagnon qui ne lui devait qu’une petite dette. Contrairement à sa supplication qui était fondée sur un mensonge, la supplication de son compagnon semble sincère et sa promesse plus crédible. Matériellement, il était capable de rembourser la somme qu’il lui devait. Le roi lui a pardonné, alors qu’il n’était pas sincère. Mais lui refuse de pardonner à celui qui peut effectivement rembourser et qui est sincère dans sa démarche ! Et ce sera le troisième pas, le pas de trop de sa descente aux enfers.
Le pardon que je reçois de Dieu change-t-il quelque chose dans ma vie, dans la façon dont je traite mon prochain ?
Le pardon qui donne la vie, ce n’est pas seulement celui qu’on reçoit, mais c’est aussi et surtout celui qu’on donne. Il avait reçu le pardon du roi qui avait refusé de le mettre à mort en lui enlevant toute sa dette. Il décide de se mettre lui-même à mort en refusant de donner son pardon à son compagnon.
La sévérité finale du roi nous apprend une chose importante : si le pardon que nous recevons de Dieu ne nous pousse pas à pardonner aux autres, alors il n’aura servi à rien. Refuser de pardonner annule le pardon qui nous avait déjà été accordé.
Quelqu’un faisait cette réflexion : « Depuis que je suis en attente du pardon de Dieu, j’accorde mon pardon à tous ceux qui ont mal agi à mon égard. »
Cet homme a réussi l’exploit de rester mauvais, alors qu’il avait en face de lui quelqu’un qui ne cessait de lui manifester sa bonté. Allons-nous, en ce qui nous concerne, continuer de rester mauvais ?
P. Etienne NEMI, cssp