Solennité du Saint Sacrement (A)

Dt 8, 23.14a-16a.

Psaume 147(147b)

1Co10, 16-17.

Jn 6, 51-58.

Les lectures de ce dimanche nous présentent Dieu comme celui qui nourrit les hommes : il donne à manger, il donne à boire. 

Dans l’évangile, Jésus vient de multiplier le pain pour que la foule ait de quoi manger après une journée passée à l’écouter. La première lecture nous rappelait déjà comment, avec la manne, le Seigneur a nourri son peuple qui criait famine au désert. 

Tout au long de la bible, le Seigneur s’est toujours montré sensible à la souffrance et à l’inquiétude de l’homme confronté à la faim et à la soif.

Les lectures de ce dimanche viennent donc nous rappeler qu’aujourd’hui, comme hier, une bonne partie de notre humanité est toujours confronté au problème de la faim et de la soif. Problème causé par les guerres et les conflits, les injustices, le dérèglement climatique… Comme Jésus dans l’évangile, laissons-nous être interpelé par toutes ces détresses, ces souffrances… 

Mais dans l’évangile, Jésus nous dit qu’avoir le pain ne suffit pas. Encore faut-il avoir le bon pain. Cela signifie donc qu’il y a des vrais pains, mais aussi des faux pains. Il y a des pains qui nous élèvent, comme il y a des pains qui nous rabaissent, il y a des pains qui sont le fruit de notre grandeur, comme il y a des pains qui sont le fruit de notre petitesse.

Dans la bible, il y a plein d’exemples de faux pains. Le pain d’Adam et d’Eve, pain de leur orgueil et de leur infidélité, qui au lieu de les sauver, va les perdre ; il y a le pain de Juda, le pain de la trahison qui va conduire à sa mort ; il y a le pain de Zachée le publicain avant sa conversion, le pain du  vol, de l’exploitation et de l’appauvrissement des autres… Donc, si le pain est nécessaire pour notre vie, méfions-nous cependant de ce pain-là, du mauvais pain, ce pain qui nous perd… 

Mais il y a aussi le vrai pain, celui qui nous sauve et qui sauve nos frères et sœurs. Et parlant de ce pain, Jésus évoque sa chair et son sang.

Et dans la bible, la chair signifie la vie d’une personne. Le vrai pain que nous donne Jésus, c’est sa vie, le don de sa vie. Et comme Jésus, notre vrai pain,  c’est le pain de notre vie, de notre souffrance, de notre sacrifice, de nos efforts, de notre sueur, de nos fatigues, de notre loyauté, de notre fidélité… 

Mais c’est aussi le pain que nous acceptons de partager, d’offrir aux autres. En effet, ce que nous donnons, en plus d’aider celui ou celle qui le reçoit, nourrit en même temps notre âme, enrichit notre vie spirituelle. Le pain qui sauve, c’est donc ce pain fruit de mon travail et objet de ma générosité et de ma charité.

Cela signifie que notre vrai pain n’est pas d’abord matériel, il est spirituel, c’est ce qui nourrit notre esprit, notre âme ; ce n’est pas ce qui se trouve nécessairement dans nos plats, mais c’est aussi ce qui se trouve dans notre cœur. Il n’est pas seulement ce pain que nous récoltons de la terre, il est aussi celui qui vient du ciel. Et si nous sommes-là aujourd’hui, ce n’est pas pour nous nourrir du pain de la terre, mais bien du pain du ciel.

Ne réduisons pas notre vie à une course aux pains matériels ; sachons, de temps en temps, nous arrêter pour nous nourrir de ce pain qui vient du ciel, pain de la parole de Dieu, pain du Corps et du Sang du Christ.

P. Etienne NEMI, Cssp